• Bruno de la Porte

Remettre l’humain au cœur du dispositif pour les hospitaliers : Où est l'erreur ?

Avec la crise sanitaire, ils sont passés au statut de « héros du quotidien ». Pour eux, le Président de la République a même reconnu le 15 mai 2020 avoir fait une erreur … et leur Ministre de tutelle vient d’annoncer dans son intervention du 20 mai 2020 que pour « mieux valoriser toutes les carrières et tous les métiers, cela passera par une hausse des salaires à l'hôpital et en Ehpad ».

Cette revalorisation est bien l’un des 4 piliers retenus pour la nouvelle concertation sur l’hôpital (le « Ségur de la Santé ») démarrée le 25 mai 2020.


Ces femmes et ces hommes sont en première ligne depuis le début de la pandémie. Qu’ils soient soignants, administratifs ou techniciens, ils ont prouvé qu’ils pouvaient se mobiliser pour trouver des solutions pour cette situation exceptionnelle. Ils ont pu le faire grâce à l’engagement de chacun, mais aussi avec le soutien de leurs proches, et la garantie ou sécurité accordée par le statut de la Fonction publique hospitalière.


Aujourd’hui, la question de la revalorisation salariale est la base des demandes préalables au « Ségur ». Mais l’hôpital qui a su sortir du cadre pour répondre aux enjeux de la crise sanitaire reste strictement confiné dans son modèle ancien en termes de politique sociale : la rémunération est une affaire de traitement et de primes, uniquement.

Pourquoi ne pas regarder ce que d’autres secteurs ont pu réaliser ? Par exemple, en s’appuyant sur la protection sociale complémentaire (P.S.C.) qui est un autre moyen de revalorisation financière des métiers de l’hôpital : le co-financement employeur-agent génère un réel ajout de pouvoir d’achat pour les agents (la généralisation des garanties santé, obligatoire pour tous les salariés du privé, l’a prouvé) …

Certes, ce sujet de la P.S.C. est mineur au regard des enjeux évoqués dans le cadre du « Ségur » et de plus, diront certains, les hospitaliers sont déjà couverts[1]. Mais, le dispositif est inachevé voire défaillant[2]. Il ne répond pas actuellement aux besoins de sécurisation des agents : comment être tranquille lorsque sa famille n’est pas couverte[3] ? comment être serein lorsque l’on entend parler de la vague de « burn out » prévus suite à la crise alors que le maintien de revenus n’est pas statutairement prévu en cas d’arrêt long ?


Or le « Ségur de la Santé » est centré sur le financement et l’organisation. L’individu et ses conditions de travail sont nettement moins abordés alors que la valorisation et donc l’attractivité de ces métiers pourrait se fonder sur une politique sociale rénovée : droits sociaux, conditions de travail et formations pourraient légitimement être versés au débat.


La refonte de la T2A et la révision du management ne résoudront pas à elles seules la question des conditions de travail dans les hôpitaux…

L’hôpital a su prouver, à l’occasion de la crise sanitaire, sa capacité à briser ses carcans.


Pour définir le système hospitalier de demain, il faudra remettre l’humain au centre des attentions, en commençant par ses conditions de travail. Dans ce but, les recettes expérimentées dans le Privé[4] peuvent être une source d’inspiration et la dérégularisation des horaires n’est pas le seul moyen de faire en sorte que les hospitaliers gagnent un peu plus …

Écrit par Bruno de la Porte (ADICEO) le 26 mai 2020

[1] L’article 44 de la loi n°86-33 indique qu’en cas d’hospitalisation, l’établissement employeur prend à sa charge, pendant une durée de 6 mois maximum, le montant des frais non remboursés par les organismes de sécurité sociale pour les fonctionnaires en activité. De plus, ces derniers peuvent bénéficier de la gratuité des soins médicaux qui leur sont dispensés dans l’établissement où ils exercent ainsi que de la gratuité des produits pharmaceutiques qui leur sont délivrés pour leur usage personnel par la pharmacie de l’établissement sur prescription d’un médecin de l’établissement. [2] « La réalité du fonctionnement de ces dispositifs (spécifiques pour la FPH) ne répond pas à l’ensemble des besoins des agents … » Cf. la présentation réalisée par l’IGAS le 18 juillet 2019 issue du rapport des 3 inspections (IGF, IGA, IGAS) sur la protection sociale complémentaire des agents de la Fonction publique (rapport toujours non publié, à ce jour). [3] L’article 44 de la loi n°86-33 défini la « santé gratuite pour l’agent », mais ne prévoit rien pour sa famille. D’où le développement des mutuelles pour les professionnels des hôpitaux. [4] Regardons par exemple la branche associative sanitaire, sociale et médico-sociale à but non lucratif.

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